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HORAIRE

Les vertus au service de soi et des autres - Aparigraha (non-possession) et Santosha (contentement)

Vanessa Doyon-Bolduc | DEC 7, 2025

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Chaque fois que nous consommons, que ce soit de la nourriture ou des objets de notre quotidien, des ressources sont exigées à notre environnement. En épuisant petit à petit les ressources d’aujourd’hui, nous privons les générations futures de leurs ressources de demain. 

Certes, nous vivons dans une illusion permanente d’abondance matérielle. Un simple clic et des objets tout neufs sont livrés directement à notre porte. Nous n’avons aucune perspective réelle du travail et des ressources nécessaires pour produire les objets qui nous entourent ainsi que leur emballage. Pourtant, nous en voulons toujours plus!

Prenez un moment pour regarder autour de vous et choisissez un ou deux objets. Contemplez et imaginez les ressources qui ont été nécessaires pour que cet objet arrive jusqu’à votre maison: les ressources primaires, la transformation, l’usinage, les travailleurs  sous-payés probablement d’un pays éloigné, l’emballage, les livreurs intercontinents, l’entreposage, le suremballage, la livraison et l’essence nécessaire au déplacement de l’objet jusqu’à votre porte. 

En faisant cette contemplation régulièrement, vous aurez une meilleure perspective de ce qu’il en coûte réellement de consommer des objets divers. Car le coût en dollars payé, ce n’est pas le coût réel ! Le coût, c’est ce qu’il en coûte collectivement et non pas individuellement. 

Mis à part les ressources collectives de la terre, ces objets en surnombre dans nos maisons utilisent aussi nos ressources individuelles. Nos ressources financières, c’est évident, mais aussi nos ressources de temps et d’énergie. 

Avez-vous remarqué que l’achat d’un objet ne comble que temporairement vos désirs?

Un désir monte à la surface: par exemple, refaire la cuisine (qui est parfaitement fonctionnelle) et la mettre au goût du jour. Une fois les armoires jetées et changées, les électroménagers changés, la céramique, la peinture, les comptoirs, vous voilà maintenant fièrement propriétaire d’une cuisine toute neuve. Or, est-ce que vos désirs s’arrêtent là ? 

Non, il y aura tout simplement un nouveau désir, un nouveau besoin, une nouvelle impression de manque à combler. Car c’est la nature des désirs. Ils ne sont jamais satisfaits. Et ce cycle peut continuer perpétuellement une vie entière.

Dans son œuvre Sapiens, le célèbre historien Yuval Noah Harari parle du “piège du luxe”, un piège dans lequel les humains seraient tombés il y a déjà des milliers d’années lors de la révolution agricole. Déjà à cette époque, homo sapiens aurait sacrifié un mode de vie simple de chasseur-cueilleur afin prioriser le faux-confort de la sécurité fournie par la domestication des plantes et des animaux. L'auteur nous donne une image forte : ce n'est pas l’homme qui dompta le blé, mais c’était le blé qui tenait l’homme en esclavage ! Aujourd’hui, plusieurs êtres humains sont aussi esclaves de leurs biens: ayant l’impression d’avoir besoin d’être à jour dans les nouvelles technologies, la mode vestimentaire, les nouveaux modèles de voiture, de barbecue, de tondeuse, d’aspirateur, de roulotte, de décors, d'ameublement, etc… Prendre soin de son lieu de vie n’aura jamais pris autant de temps et d’énergie, et encore faut-il travailler dur pour payer tous ces items qui prennent tout notre temps libre!

Heureusement, il y a des miliers d’années, au même moment où cette forme d’esclavage matérialiste humaine prennait forme, des courants de pensée et des “technologies” prennaient aussi formes afin d’offrir à l’humain une facon d’évoluer… en conscience. 

C’est tout l’art et la maîtrise développée en Yoga et en méditation : l'équanimité. Reconnaître avec honnêteté que les désirs sont passagers, irréels et continuellement insatisfaits, donc source de souffrance. Lâcher-prise sur nos désirs et aversions, c’est un moyen efficace de demeurer souverains dans chaque action, chaque pensée et chaque parole. Car oui, se laisser tenter continuellement par nos désirs et aversions, c’est se laisser manipuler, entre autres, par les publicités et les tactiques marketing qui sont excellentes pour nous créer de faux besoins. 

La vertu au service de soi et des autres

La vertu, c’est un bien grand mot qui a peu de place dans notre vocabulaire d’aujourd’hui. Alors que la vertu guidait les comportements des plus chrétiens de nos ancêtres, elle générait aussi des frustrations et des rigidités.

Que disent les enseignements du yoga sur la vertue ? 

Communément, nous parlons ici des Yamas et des Niyamas, les codes de conduite sociaux introduits par Patanjali dans ses Yoga Sutras. Bien que ces enseignements soient anciens, ils s’appliquent tout à fait à la vie d’aujourd’hui et peuvent nous aider à vivre une vie plus satisfaisante. Les Yamas et les Niyamas couvrent 10 principes, nous allons ici et en cette période des fêtes se concentrer sur deux enseignements : Aparigraha (non-avidité) et Santosha (contentement). Ces deux principes sont interreliés et se répondent mutuellement. Ce sont des outils de conscience, non pas pour se priver et générer de la rigidité et de la frustration, mais pour s'élever et devenir plus souverain de notre destinée.


Aparigraha est souvent traduit par la non-possession, le non-attachement et la non-avidité. L’avarice était aussi considérée comme un péché capital en christianisme. Or, la société matérialiste dans laquelle nous évoluons aujourd’hui valorise grandement notre avidité à vouloir toujours plus. Le capitalisme s’en nourrit continuellement. 

Qu’arrive-t-il lorsque nous arrivons à être pleinement satisfait du moment tel qu’il est et de nos possessions telles qu' elles sont (Santosha, le contentement) ? Nous devenons alors complètement libres. 

Et abondant

Le vide que nous ressentons et que nous cherchons à combler par la consommation d’objets, de nourriture, d’alcool ou de divertissements est source continuelle de souffrance. 

Dans le contentement, nous sommes simplement ici, maintenant, nous avons tout ce dont nous avons besoin et nous sommes c.o.m.p.l.è.t.e.m.e.n.t libres et souverains. 

Concrètement, diminuer significativement notre consommation matérielle entraîne une augmentation de nos ressources financières, une diminution du stress financier, possiblement moins d’obligations de travail rémunéré. Il libère aussi notre temps, car ces objets qui nous entourent demandent de l'entretien, et le magasinage prend du temps! 

En ayant moins de possession, notre maison est épurée et prend moins d’énergie à entretenir et nettoyer. Un lieu de vie clair, dégagé et épuré rend ses habitants léger, joyeux, tourner vers les valeurs humaines et apaisé au quotidien, alors que les pièces encombrées d’objets tirent notre énergie et encombrent aussi notre esprit. 


En diminuant nos besoins matériels et en allégeant notre charge financière, nous dégageons du temps et de l’énergie pour prendre soin de soi: prioriser la marche en forêt, les moments simples passés en famille, la cuisine lente à la maison (plutôt que les restaurants du centre commercial), les abonnements au gym ou aux cours d’artisanat ou de musique que nous avons toujours voulu faire. Notre âme, moins encombrée par le matériel, est plus éveillée et nous communique plus clairement le chemin à prendre.

Aparigraha, c’est simplifier sa vie, ses possessions, ses responsabilités matérielles, afin d’être plus engagés et disponibles pour les autres et pour sa mission de vie. Santosha, c’est cultiver le contentement, essentiellement la gratitude. En ressentant plus de gratitude pour ce que nous possédons déjà, nous ressentons moins le vide qui nous pousse à consommer encore et encore. 

Avant d’acheter ou de consommer quoi que ce soit, vous pouvez vous poser la question : En ai-je vraiment besoin ? Quel est le besoin exactement ? 


Si vous choisissez d’acheter quand même, répétez cette phrase :

je choisis consciemment d’utiliser les ressources de la terre et des générations futures pour combler mon besoin de ___________________. Je remercie toutes les personnes / plantes / animaux qui ont travaillé et contribué à la confection de cet objet pour que je puisse en bénéficier. 


 Cette phrase est utile afin de ne plus prendre à la légère cet acte de consommation qui est rendu si futile pour l’homo sapiens d’aujourd’hui. Devenons collectivement plus conscients et plus enclins à une vie simple et vertueuse.


Outils de conscience dans l’achat et la consommation de biens matériels:


Est-ce que j’ai vraiment besoin de cet objet ?


Quel est le besoin exactement ?

Est-il essentiel (manger, se vêtir, se loger) ? 

Non-essentiel ? (Luxe, coquetterie, esthétique)

Émotionnel ? (combler un vide émotionnel, besoin de se sentir aimée, besoin de sensations fortes et d’excitation)

  • Est-ce qu’un autre objet que je possède peut déjà répondre à ce besoin?

  • Est-ce qu’une autre activité non matérielle peut répondre à ce besoin?

  • Est-ce que je peux emprunter l’objet ? 

Un livre à la bibliothèque, un outils à un voisin, etc..

  • Est-ce que je peux acheter usagé ?

  • Est-ce que je peux trouver la version la plus durable, écologique de cet objet pour combler mon besoin?

  • Puis-je trouver en moi la volonté d’attendre au moins UN MOIS avant de faire l’achat de l’objet?

Voir comment je me porte et déterminer si le besoin est toujours là.


À l’achat :

Je choisis consciemment d’utiliser les ressources de la terre et des générations futures pour combler mon besoin de ___________________. Je remercie toutes les personnes / plantes / animaux qui ont travaillé et contribué à la confection de cet objet pour que je puisse en bénéficier. 

Vanessa Doyon-Bolduc | DEC 7, 2025

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