Les trois grands attributs : Les 3 gunas
Vanessa Doyon-Bolduc | JAN 29
Prenez n’importe quel élément de l’univers et faites-en l’étude: un arbre par exemple. Vous y trouverez trois catégories: sa structure physique et lourde (son tronc, ses racines et ses feuilles), sa structure mobile (la sève qui monte et descend, sa croissance) et son énergie (son essence, sa lumière et sa chaleur lorsque brûlé). Un corps humain : son corps physique (lourd et dense), son énergie (son mouvement, sa croissance, son métabolisme) et son esprit (vif, son essence, sa vitalité). Prenez l’eau; sa phase solide (glace), fluide (eau) et légère et invisible (vapeur). Certains auteurs affirment que l’ensemble de l’univers est composé de trois choses: matière, énergie et information. En langage du yoga, tel que transmis dans les écrits anciens tels que les Sutras de Patanjali ou la Bhagavad Gita, nous appelons ces attributs les trois gunas : Tamas, Rajas et Sattva.
Tamas, Rajas et Sattva : l’ombre, le feu et la lumière
Commençons par décrire la qualité (Guna) de Tamas. Si nous parlions d’un lac qui est tamasique, celui-ci serait marécageux, épais, boueux et stagnant, possiblement pollué et impur. Chez l’humain, un comportement tamasique est lourd, négatif, dépressif, paresseux et a tendance à l’excès et à l’intoxication. Les résistances et les pensées limitantes freinent souvent les personnalités tamasiques à aller de l’avant, à faire un changement positif dans leur vie. Les excès, l’intoxication, l’alimentation transformée et excessivement grasse et lourde à digérer renforcent le Tamas chez l’être humain. L’esprit, lui, est lourd, limité, résistant au changement, dépressif et paresseux. L’inconscience prédomine et la méditation est presque impossible, car l’esprit plonge vers la fatigue et le sommeil.
Nous avons ensuite Rajas, la qualité du mouvement et de l’énergie. Si nous parlions d’un lac rajasique, celui-ci serait agité, en mouvement, avec plusieurs vagues et tourbillons. Chez l’humain, le comportement rajasique est agité, n’arrive pas à se poser, est constamment en mouvement, a tendance à l’anxiété, est créatif et débrouillard, a plusieurs idées, est passionné et fonce dans la vie, mais manque parfois d’ancrage. L’esprit rajasique est créatif, change d’idée souvent, se “retourne sur un 10 cents” facilement, cherche et trouve des solutions, n’arrive pas à se poser et est impatient. Toujours à la recherche de mouvement, la personnalité rajasique peut facilement faire de l’anxiété ou avoir un déficit d’attention. La méditation est un défi dans cet état, car l’esprit est trop agité.
Finalement, qu’est-ce que Sattva? Cette qualité est calme, posée, harmonieuse et lucide. C’est la connaissance et l’information pure. L’intuition silencieuse. Notre lac, lorsqu’il est sattvique, est complètement calme et translucide au point de pouvoir voir le fond du lac à travers l’eau pure. On dit que c’est aussi la qualité naturelle de notre esprit, lorsqu’il est libéré de l’emprise de Tamas et Rajas. Chez l’humain, l’être sattvique est lucide, présent, calme et vertueux. L’esprit sattvique sait. C’est la connaissance pure. La qualité sattva est la plus recherchée chez les yogis et yoginis, elle est s’atteint en venant purifier et éliminer les deux états précédents.
De l’ignorance à la conscience
Comment, donc, tendre vers Sattva et réduire l’influence de Rajas et Tamas au quotidien ?
Le premier pas est de prendre conscience de ces qualités et de nos dominances et tendances naturelles. Prenez un moment, plusieurs fois par jour pour constater et observer quelle qualité prédomine. Surtout, prenez conscience de vos actions et du résultat de vos actions. Par exemple, quelle est la qualité prédominante en vous réveillant le matin d’une bonne nuit de sommeil ? Quelle est la qualité dominante après avoir bu votre troisième café du matin ? Après avoir mangé une grosse poutine ? Après avoir regardé les réseaux sociaux pendant plusieurs minutes/heures? Après votre pratique de yoga ? Après un verre de vin (sur le coup et le lendemain) ?
Important: ceci n’est pas une démarche de jugement et de critique envers soi-même, mais simplement une démarche honnête et réfléchie vous permettant éventuellement de faire des choix éclairés selon vos objectifs et aspirations.
Lors de ma première formation de yoga, du haut de mes 18 ans, je trouvais ces concepts très difficiles à digérer. J’étais très attachée à l’énergie Rajas, étant une jeune femme passionnée, émotionnelle, à la recherche d’expériences sensorielles et constamment dans l’action et la création de nouveaux projets. On m’avait alors recommandé de couper l’ail, les oignons, le chocolat, la viande et tous les aphrodisiaques de ma diète afin de faciliter le maintien de l’état sattvique. Je trouvais cette recommandation franchement ridicule. “Tout le monde sait que l’ail, les oignons et le chocolat noir sont excellents pour la santé ! N’était-ce pas le but du Yoga ? La santé ?“
Avec de la perspective, aujourd’hui, je vois bien que personne n’a tort, et personne n’a raison. Tout dépend de nos buts et aspirations. À 18 ans, je ne voyais pas la nécessité d’une vie vertueuse et accordait très peu d’importance à la méditation. La santé était la clé du bonheur et du succès à mes yeux, et en ce sens, les oignons et le chocolat avaient leur place de choix!
Si le mode de vie sattvique est prisé des yogis, c’est qu’il donne des résultats incontestables pour se rapprocher des buts spirituels et psychiques tant recherchés par le disciple chevronné du Yoga. Libérer l’esprit de ces tendances lourdes et paresseuses (Tamas) ou agitées et impatientes (Rajas) permet de demeurer dans un état calme, harmonieux et lucide la plupart du temps. C’est dans cet état que la méditation est réellement possible et que l’esprit arrive à se poser sur un élément unique.
Le chemin vers la lumière
De la noirceur, en passant par le feu pour atteindre la lumière, voici le chemin à parcourir afin d’atteindre l’état sattvique au quotidien. Si notre tendance naturelle est tamasique et que la lourdeur, la noirceur et la résistance prédominent, il sera impossible de passer directement à l’état sattvique : il faut passer d’abord par Rajas, pour augmenter son niveau d’énergie et sortir de la noirceur.
Prenez l’exemple extrême d’une personnalité excessivement lourde et limitée, dont les seules activités sont manger, dormir, regarder la télévision, consommer de l’alcool et des drogues. Le premier pas pour sortir de cette torpeur est la mise en action : se trouver un projet, travailler, se rendre utile, reprendre l’activité physique, sortir dehors, marcher, bouger, etc… L’énergie Rajas est un excellent moteur pour la mise en action! Pensez à quelque chose qui vous rend vraiment vivant et passionné, n’est-ce pas là le meilleur moteur vers l’activité.
Une fois le mouvement réactivé, il est possible de transcender Rajas, en intégrant des activités à la fois rajasiques et sattviques. Par exemple, chanter et danser sur de la musique active de mantras, se rendre utile et travailler de façon altruiste et désintéressée (Karma Yoga), marcher en forêt, etc. Progressivement, accorder plus de place aux activités sattviques dans notre quotidien : méditation régulière et rigoureuse, répétition de mantras calmes, musique classique, repas végétariens faciles à digérer, retraites en nature, silence, lectures spirituelles inspirantes, pratiquer le pouvoir du moment présent, pratique régulières d’asanas et de pranayamas.
En développant notre conscience de ces qualités qui prédominent en nous, nous accordons de plus en plus d’importance à notre pratique (Sadhana), car nous arrivons à constater les résultats concrets. Nous n’aurons plus besoin des études scientifiques ou des livres pour nous apprendre les bienfaits du Yoga. Nous constaterons directement les effets sur notre corps et notre esprit qui évoluent, un sadhana à la fois, vers l’état harmonieux de Sattva.
Article généré par l'intelligence humaine
Vanessa Doyon-Bolduc | JAN 29
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